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Unravel, une ode à la vie et à la nature

Hier sortait sur PC, Xbox One et PS4 le charmant Unravel, un jeu de plateforme en vue 2D développé par le studio suédois Coldwood, dont c’est le premier jeu original – entendez par là un jeu créé à l’initiative du studio et non d’un éditeur tiers. L’an dernier, suite à son apparition remarquée à l’E3, j’avais eu l’occasion d’interviewer le créateur du jeu, Martin Sahlin, qui m’avait tout expliqué de sa vision du jeu vidéo, un art total dont le but n’est pas que de divertir mais aussi d’émouvoir. Avec Unravel, ce jeu mettant en scène l’adorable Yarny, un petit personnage fait de laine rouge qui se détricote au fil de sa progression, Coldwood voulait créer un jeu qui vienne véritablement du cœur. Au moment de lancer le jeu pour la première fois, un message des développeurs nous rappelle cette volonté, et nous remercie au passage de tout le soutien reçu depuis l’annonce du jeu à l’E3 – un soutien grandement aidé par le partenariat de Coldwood avec EA, éditeur mondial qui a pu assurer au jeu une grande visibilité. Mais alors, ce soutien en valait-il la peine ? Le jeu tient-il ses promesses ? Réponses dans cette critique d’Unravel

Un jeu de plateforme classique

Unravel est un jeu de plateforme tout ce qu’il y a de plus classique, mais toutefois très efficace. Yarny progresse dans un environnement en vue 2D, et doit résoudre plusieurs puzzles de difficulté variable pour trouver comment avancer. L’originalité du jeu, c’est la mécanique de la laine : Yarny devra tantôt se servir de la laine qui le compose comme d’une liane, d’une poulie ou d’un lasso. Les casse-têtes reposent principalement sur la physique. Ils restent relativement abordables et bloqueront rarement le joueur très longtemps, mais certains sont tout de même relativement ardus. La difficulté dans l’ensemble est donc plutôt bien dosée. Si je ne m’attarde pas davantage sur le gameplay d’Unravel, c’est parce qu’il est véritablement classique du genre du jeu de plateforme-réflexion. Si vous aimez le genre, sachez que le jeu en maîtrise très bien les mécaniques ; sinon, Unravel saura peut-être vous satisfaire autrement. Car la véritable beauté du jeu se trouve, davantage que dans sa forme, dans son propos, dans son âme si caractéristique qui vous happera et vous empêchera de lâcher la manette.

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Techniquement et artistiquement, le jeu est irréprochable.

Voyage dans la campagne suédoise

À bien des égards, l’on peut dire d’Unravel qu’il s’inspire de la nature et de tout ce qu’elle a de plus beau. Le jeu nous fait passer par toutes sortes d’environnements naturels (le jardin, la plage, la forêt), par toutes sortes d’ambiances (ensoleillée, pluvieuse, neigeuse), et les graphismes quasiment photoréalistes du jeu rendent cette nature d’autant plus agréable à explorer mais surtout à admirer. Fait rare dans un jeu de plateforme, vous passerez beaucoup de temps dans Unravel à vous arrêter quelques instants pour simplement profiter du paysage. Les développeurs ont par ailleurs eu le soin du détail, en faisant fourmiller de vie les environnements du jeu avec une faune et une flore très présentes. Ici, vous verrez un adorable hérisson se promener ; là, vous affronterez les attaques de crabes féroces bien décidés à trancher le fil de laine qui défile derrière Yarny. Les interactions de Yarny avec son environnement sont d’ailleurs nombreuses et toujours animées avec beaucoup de tendresse, nous donnant parfois l’impression de regarder un film d’animation. La partie sonore, enfin, joue beaucoup dans cet hymne à la nature, tant concernant les bruitages que la musique, qui nous invite au voyage et à la mélancolie, et dont les sonorités « nordiques » nous rappellent la couleur locale des décors : la nature suédoise dont s’inspirent les développeurs.

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Yarny est tout simplement adorable.

Souvenirs d’enfance

Mais surtout, vous trouverez ça-et-là des marques du passage de l’Homme dans cette nature. Le jeu alterne entre un propos quelque peu écologique, nous invitant à mesurer l’impact négatif que peut avoir l’intervention humaine sur la nature que nous avons appris à admirer au fil du jeu, et d’autre part des vestiges, des souvenirs, des bribes de moments passés en famille, entre amis. Dans l’esprit de Martin Sahlin, Yarny est né au cours d’un voyage en famille dans la campagne suédoise, d’où le lien établi par le jeu entre les environnements naturels et les souvenirs de famille. L’introduction du jeu nous présente une vieille dame, regardant avec tendresse et nostalgie quelques photos de famille. Puis elle monte à l’étage, laissant tomber derrière elle une pelote de laine rouge d’où prend vie Yarny, qui se met alors à son tour à explorer les souvenirs de famille au travers des photographies éparpillées dans la maison – autant de points de départ vers ses fabuleux voyages. La métaphore est claire : Yarny incarne ce retour nostalgique vers le passé, le fil qui se détricote derrière lui symbolise un lien qui unit les êtres chers, mais aussi la difficulté à saisir ces êtres, à saisir le passé, du fait qu’à un moment ou l’autre il n’y a plus assez de laine pour aller plus loin. Le jeu fait tout pour évoquer au joueur ses propres souvenirs d’enfance, pour lui rappeler des moments vécus : une journée à la plage, une cueillette dans les bois. Des souvenirs auxquels chacun peut s’identifier. Chaque niveau correspond à un souvenir, à l’issue duquel Yarny revient à son album photos, dans lequel il colle des instantanés, des morceaux du passé, accompagnés d’un court texte emprunt de poésie. On fait alors défiler ces pages avec une sensation douce-amère de nostalgie. Rien ne semble jamais artificiel ou convenu – au contraire, je me suis plusieurs fois demandé si les développeurs de Coldwood n’avaient pas inséré directement leurs propres souvenirs et photos de famille dans le jeu, tant l’ensemble a une dimension très personnelle (mais néanmoins universelle, tant l’émotion nous saisit).

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L’album photo est l’un des éléments les plus émouvants du jeu.

Conclusion

Unravel n’a rien de révolutionnaire, rien d’hors du commun – mais ce n’est pas là ce qu’on lui demandait. Bien au contraire, Unravel se repose sur un gameplay classique – mais bien maîtrisé, aucun défaut technique n’étant à déplorer – pour mieux livrer au joueur ce qui en fait l’attrait : des émotions, tout simplement. Au fil des périples de Yarny, Unravel nous livre des photographies de l’enfance, des fragments de vie, des souvenirs nostalgiques, mais aussi un hommage à la campagne suédoise qui vit au gré des saisons et des climats, et qui est si chère aux développeurs de Coldwood, dont les studios sont situés à Umeå, au nord de la Suède. Mais bien qu’inspirés par la Suède, ces décors ont une portée universelle : l’on ne peut que se laisser happer par un certain dépaysement, comme une mélancolie de cette enfance où chaque espace vert devenait un terrain de jeu et d’aventures. Ces aventures, ce sont aujourd’hui celles de Yarny. Encore très ému par Unravel – mais n’étant pas encore arrivé au bout du voyage – je m’en retourne continuer à jouer, en remerciant Coldwood d’être allé au terme de ce beau projet, et leur souhaitant le meilleur pour la suite de leur aventure.

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